Des plateaux inspirés de vidéos, des découpes filmées en gros plan, des crémiers-fromagers devenus créateurs de contenu. Les réseaux sociaux rapprochent les 18-35 ans du fromage de terroir. Producteurs, affineurs et distributeurs s'en emparent pour faire découvrir leurs fromages, à l'image de Nader Baraïa, fromager ambulant, qui témoigne en vidéo.
Publié le 06 octobre 2026 à 12:13 | Modifié le 06 octobre 2026 à 2:04

Le fromage a la cote chez les jeunes. Sur TikTok et Instagram, une meule qu'on coupe, un plateau qu'on compose ou un conseil de dégustation suffisent à donner envie de goûter. Cette génération découvre le terroir sur son téléphone. Elle le cherche ensuite chez le crémier-fromager, sur le marché ou directement chez le producteur.

Pour les producteurs et les distributeurs, c'est l'occasion de faire connaître leurs fromages à un nouveau public. Pour les crémiers-fromagers et les acheteurs, c'est aussi une nouvelle façon de parler à leurs clients.

Le fromage, un sujet qui passionne les 18-35 ans

Le cabinet IntoTheMinds a réalisé l'étude Le plateau de fromages des Français en 2026 pour le Salon du Fromage et des Produits Laitiers, en février 2026, auprès de 500 personnes. Selon cette étude, 60 % des 18-35 ans ont déjà recréé un plateau inspiré de contenus vus sur Instagram, TikTok ou Pinterest. Le fromage garde une place forte dans le quotidien : 48 % des Français en consomment chaque jour, et 91 % au moins une fois par semaine.

Cette inspiration en ligne mène aussi vers les commerces de proximité. D'après la même étude, 71,6 % des répondants fréquentent les petits commerçants spécialisés. Chez les 25-34 ans, 42 % achètent parfois directement chez le producteur. Le fromage reste associé au plaisir gourmand pour 77 % des Français, et à un moment de partage pour 51 % d'entre eux.

L'institut OpinionWay a mené une enquête pour SIAL Paris en mars 2026, auprès de 1 033 Français. D'après cette enquête, 52 % des personnes interrogées se disent influencées par les réseaux sociaux dans au moins un aspect de leur alimentation, et 44 % s'en inspirent pour cuisiner. Les plus jeunes sont les plus sensibles à ces contenus. Chez les 18-24 ans, 81 % suivent au moins un compte consacré à l'alimentation. Ils sont 90 % à reconnaître que ces contenus influencent leurs habitudes, et TikTok exerce une influence sur 41 % d'entre eux.

Crémiers-fromagers influenceurs : ils font aimer le fromage en ligne

Des professionnels du fromage sont devenus de vrais créateurs de contenu. Le Guide du Fromage en a réuni une partie dans sa sélection de 15 comptes Instagram consacrés au fromage. On y retrouve des crémiers-fromagers comme la Fromagerie Charlicot à Paris, Au Tour du Fromage à Royan ou Christophe Fromager à Bayonne. La sélection cite aussi l'affineur Philippe Olivier, maison fondée en 1907, et Paroles de Fromagers, école du fromage installée à Paris.

Les Meilleurs Ouvriers de France occupent une belle place dans ce paysage. François Robin, un des Meilleurs Ouvriers de France Fromager 2011, fait partie de cette sélection sous le pseudo @francois_robin_cheesemonger. Partenaire du salon, il est aussi co-créateur du concours Grilled Cheese. Xavier Thuret, également un des Meilleurs Ouvriers de France Fromager, est présent sur les réseaux sous le pseudo @cheesegourou.

À Paris, Fabrice Gepner, alias Le Cheese Geek, porte le projet du Palais du Fromage, un lieu de 1 500 m² consacré au fromage. Le projet a été soutenu par 318 contributeurs lors d'une campagne de financement participatif. En Suisse, Claude Luisier, fondateur de Luisier-Affineur, affine des fromages artisanaux dans des caves bicentenaires du Valais. Il partage son travail sur TikTok et sur Instagram.

À Toulouse, Émilie tient la Fromagerie Émilie, installée au marché couvert Victor Hugo. Elle publie sur TikTok et Instagram. Elle anime aussi un podcast, « Les Tribulations d'une Fromagère », où elle reçoit d'autres professionnels et partage ses conseils de saison. À Marseille, Driss Azzoug a fondé La Meulerie. Cette enseigne aux couleurs vives compte quatre boutiques et communique sur Instagram.

Le Salon du Fromage et des Produits Laitiers a consacré une table ronde à ce sujet le 9 juin 2026 : « Crémiers-fromagers : comment booster sa visibilité sur les réseaux sociaux ? ». Elle faisait partie du programme des temps forts du salon et réunissait Driss Azzoug, Nader Baraïa et Fabrice Gepner.

Producteurs et affineurs : montrer le terroir pour donner envie

Plusieurs producteurs et affineurs qui exposaient au salon utilisent aussi les réseaux pour raconter leur terroir. Le Consorzio Tutela Grana Padano participait pour la deuxième fois au salon en 2026. Il anime un compte TikTok et un compte Instagram. L'affineur italien Luigi Guffanti 1876 est installé à Arona et tenu par la même famille depuis cinq générations. Il a célébré ses 150 ans au salon.

En Haute-Savoie, la maison Joseph Paccard affine reblochon et fromages savoyards à Manigod. Elle résume sa démarche par une formule, « Donner du temps au goût », et elle est présente sur Instagram. À Roquefort-sur-Soulzon, la maison familiale Roquefort Carles a été fondée en 1927. Elle est dirigée depuis 1997 par Delphine Carles, qui représente la troisième génération, et a elle aussi son compte Instagram.

Parmi les exposants 2026 figuraient aussi deux autres maisons. The Fine Cheese Co est un affineur et exportateur britannique de fromages artisanaux, dont les produits sont distribués dans plus de 50 pays. Busti Formaggi est un producteur toscan de pecorino, fondé en 1955 par deux frères bergers, Alessandro et Remo Busti. Histoires de famille, savoir-faire et gestes d'affinage trouvent naturellement leur place à l'écran.

Comment bien communiquer sur les réseaux sociaux ?

En juin 2026, le salon a consacré deux rendez-vous à cette question.

Le 8 juin, Charlène Gilouppe, rédactrice spécialisée food, a animé la conférence « Marketing digital : dépasser les idées reçues et passer à l'action ». Elle y présentait des actions concrètes pour les commerces indépendants.

Elle partage aussi ses conseils dans le magazine À Goût Sûr de Gourmet Selection (septembre 2026). La plupart des outils de base sont gratuits : réseaux sociaux, création visuelle, e-mailing, référencement sur les moteurs de recherche. Le vrai investissement, c'est le temps. Mieux vaut donc choisir un seul canal et l'alimenter régulièrement, plutôt que d'être présent partout sans y être actif.

Pour trouver quoi raconter, une boutique offre une matière riche : ses produits, les histoires de ses producteurs, les questions des clients et les conseils de dégustation. Face aux contenus générés par l'IA, l'humain, l'authenticité et les coulisses font la différence. Charlène Gilouppe rappelle aussi que les règles des réseaux sociaux changent souvent. La newsletter permet de garder un lien direct avec les clients qui ont choisi de la recevoir.

Le lendemain, la table ronde dédiée aux crémiers-fromagers a fait place à la pratique. Driss Azzoug, Nader Baraïa et Fabrice Gepner, qui communiquent eux-mêmes en ligne, y ont partagé leur expérience du terrain.

Driss Azzoug avait déjà présenté sa méthode lors d'une conférence au salon en 2024. Pour lui, l'essentiel est d'être organisé. Il conseille de réserver deux ou trois heures par mois à ses réseaux sociaux, et de préparer des visuels à l'avance pour gagner du temps sur les stories. Nader Baraïa, lui, mise sur la spontanéité. « Prends ton téléphone, facecam, salut tout le monde, tu parles. Ça fonctionne. Et une fois que tu casses cette barrière de la timidité, tu prends plaisir. »

Rendez-vous en juin 2028 pour la 20e édition Le Salon du Fromage et des Produits Laitiers revient du 11 au 13 juin 2028 à Paris Expo Porte de Versailles, pour sa 20e édition. Producteurs, affineurs et coopérative y exposent pour rencontrer les crémiers-fromagers et les acheteurs de la filière.

Nader Baraïa, le fromager qui parle comme ses clients 

Sur les réseaux, tout le monde le connaît sous le nom de « Nader le Fromager ». Nader Baraïa a 33 ans et a grandi à Vigneux-sur-Seine. Il dirige O'Bon Fromage, une fromagerie ambulante présente dans l'Essonne et le Val-de-Marne. Il a lancé son camion-magasin il y a bientôt six ans, puis s'est mis aux réseaux, notamment sur TikTok. À l'époque, il voyait très peu de fromagers en ligne. Au marché, certains le surnommaient alors « le tiktoker ». Il se présente aujourd'hui comme un « fromager 2.0 ».

Son pari se mesure en clients. « Ça m'a permis d'ouvrir le fromage à une diversité de clients et d'horizons différents », explique-t-il. Des clients viennent de Seine-Saint-Denis jusqu'à son camion, parce qu'en le voyant en vidéo, ils se disent : « Ce gars, il nous ressemble. Il parle comme nous. » Les petits producteurs en profitent aussi. « Je connais plein de petits fromagers. Ils fabriquent des super fromages de brebis, de chèvre ou de vache. Et ils me disent : grâce à toi, ça repart. »

Son conseil aux confrères est simple. « Rester naturel, rester soi-même. Si tu as un petit accent, garde ton accent. » Il les encourage à se lancer, car selon lui, « dans le métier du fromage, on est en retard ». Pour ses vidéos, le comté reste une valeur sûre. « Couper une pointe de comté, ça donne toujours envie à plein de gens. »

Ses premières vidéos étaient tournées par son petit frère. Il travaille aujourd'hui avec une agence dirigée par un ami d'enfance. « Ça coûte, mais c'est un très bon investissement. »

Rendez-vous en juin 2028 pour la 20e édition

Le Salon du Fromage et des Produits Laitiers revient du 11 au 13 juin 2028 à Paris Expo Porte de Versailles, pour sa 20e édition. Producteurs, affineurs et coopérative y exposent pour rencontrer les crémiers-fromagers et les acheteurs de la filière.