Le Salon du Fromage et des Produits Laitiers publie une étude conduite par le cabinet IntoTheMinds auprès de 500 Français pour comprendre comment évolue leur plateau. Les résultats dessinent un rituel toujours aussi convivial, recentré sur le goût, la diversité et le terroir, dans lequel s'invitent de nouveaux usages portés par les jeunes générations.

Symbole du patrimoine gastronomique français, le plateau de fromages reste un marqueur fort des moments partagés. Mais derrière sa stabilité apparente, les usages bougent, le budget se calibre, les générations s'approprient le rituel à leur manière. Pour y voir clair, le Salon du Fromage et des Produits Laitiers a confié au cabinet IntoTheMinds une étude B2C réalisée en février 2026 auprès de 500 répondants représentatifs de la population française. Les résultats éclairent précisément ce que recherchent les consommateurs en 2026, quelles familles ils privilégient, combien ils sont prêts à dépenser, et comment les jeunes générations réinventent la mise en scène du plateau.

Un quotidien fromager qui reste dense

Le fromage continue de tenir une place centrale dans l'alimentation française. 48 % des répondants en consomment chaque jour, et 91 % en mangent au moins une fois par semaine, un niveau qui confirme son statut de produit ancré dans les habitudes quotidiennes. Cette fidélité s'inscrit dans un marché national qui pèse plus de 10 milliards d'euros au détail et compte 1 200 variétés recensées par le CNIEL, ce qui place la France au deuxième rang mondial de la consommation par habitant.

La consommation répond aussi à une dimension affective : 77 % des Français associent le fromage à un plaisir gourmand et 51 % à un moment de partage. Ces associations ne sont pas anodines pour les professionnels de la filière : elles confirment que le fromage reste un produit d'émotion avant d'être un produit de nutrition, ce qui conditionne les leviers de différenciation en magasin comme en rayon libre-service. Les huit grandes familles de fromages structurent cette offre d'une richesse quasiment unique en Europe.

Le plateau, rituel des moments qui comptent

Si le fromage est bien un produit du quotidien, le plateau, lui, conserve une dimension plus solennelle. 69 % des répondants le dégustent lors d'un repas en famille ou entre amis, 65 % à l'occasion d'un repas festif, et 46 % en font un rendez-vous de week-end. Moins d'un Français sur cinq (17 %) le consomme en remplacement du dessert, preuve que le plateau s'est affirmé comme un moment à part entière du repas, distinct du simple fromage servi en portion.

Cette fonction sociale se retrouve dans la fréquence déclarée : 33 % composent ou achètent un plateau plusieurs fois par mois, 28 % environ une fois par mois, et seuls 4 % déclarent ne jamais le faire. Le plateau se consomme par ailleurs principalement en hiver (49 %) et pendant les fêtes de fin d'année (22 %), ce qui en fait un produit fortement saisonnier pour les acteurs de la distribution spécialisée.

Moins de quantité, plus de goût et de diversité

Lorsqu'il s'agit de composer ce plateau, le critère dominant est sans ambiguïté le goût : 54 % des répondants placent l'intensité des saveurs en tête de leurs préoccupations, loin devant la diversité des familles et des textures (28 %) et l'origine (20 % en second critère). Le prix n'arrive qu'en cinquième position, confirmant que le plateau relève d'abord d'une logique d'expérience.

L'abondance n'est plus de mise. Pour 63 % des Français, quatre à cinq fromages suffisent à constituer un plateau équilibré, contre 22 % qui souhaitent entre six et sept variétés. La sélection idéale cherche l'équilibre : 50 % préfèrent un mélange de classiques et de découvertes, 27 % restent sur des valeurs sûres, et 16 % revendiquent une logique aventureuse centrée sur l'originalité. En matière de présentation, 34 % privilégient la générosité et la gourmandise, 30 % la simplicité de terroir, et 25 % l'élégance minimaliste.

Un ancrage territorial très français

L'attachement aux fromages français reste massif : 99 % des répondants en consomment, loin devant les fromages italiens (40 %), suisses (29 %) et néerlandais (16 %). Cette prédilection nationale s'accompagne d'un palmarès précis des familles attendues sur le plateau idéal :

Les pâtes pressées cuites (Comté, Beaufort, Emmental) arrivent en tête avec 56 % des suffrages, suivies des pâtes molles (Camembert, Brie, Coulommiers) à 48 %, des fromages de chèvre à 42 %, des pâtes pressées non cuites (Cantal, Tomme, Raclette) à 40 %, et des persillés (Roquefort, Bleu d'Auvergne, Gorgonzola) à 34 %. Les brebis (27 %), fromages frais (17 %) et fondus industriels (13 %) ferment la marche. Cette hiérarchie confirme la force des signes officiels de qualité, portés par les 51 AOP laitières françaises reconnues par le CNAOL, dont 80 % des consommateurs font confiance au label selon le baromètre CNIEL-CNAOL-Kantar 2025.

Sur le type de lait, les comportements restent majoritairement ouverts : 47 % consomment lait cru et lait pasteurisé sans préférence, 14 % privilégient le lait cru et 12 % le lait pasteurisé. Un résultat à mettre en regard du dossier plus large sur les attentes des consommateurs identifiées dans le Carnet de route fromager publié par le Salon du Fromage et des Produits Laitiers.

Un budget mesuré pour une expérience de partage

Le volet prix a été étudié selon la méthode Van Westendorp, afin d'identifier les points d'acceptabilité réels. La zone de prix considérée comme acceptable s'étend de 20 euros (Point of Marginal Cheapness) à 30 euros (Point of Marginal Expensiveness), avec un point d'équilibre psychologique autour de 27 euros et un prix optimal situé à 24 euros. En dessous de 20 euros, le plateau perd en crédibilité qualitative ; au-delà de 30 euros, il est jugé trop cher par la majorité des consommateurs.

Plateau de fromages gourmets présenté sur une assiette en marbre, avec différents fromages (brie, fromage bleu, fromage affiné et fromage de chèvre), accompagné de miel, de figues, de graines de grenade, de pistaches et de fleurs comestibles sur une table en bois.

« Bien plus qu'un simple assortiment, le plateau de fromages est synonyme de partage et de plaisir. L'étude montre que le prix passe après l'expérience et le moment convivial », souligne Fernando Medina Zenoff, directeur du Salon du Fromage et des Produits Laitiers. Pour les professionnels, cette fourchette offre une grille de positionnement exploitable en boutique comme en plateau prêt-à-servir.

La fidélité aux commerçants spécialisés se confirme

L'étude livre un enseignement précieux pour la distribution : 71,6 % des répondants fréquentent principalement les petits commerçants (fromageries, crèmeries, marchés, traiteurs, épiceries fines) pour composer leur plateau, contre 37 % pour la grande distribution. Les producteurs (22 %) et les épiceries fines (17 %) disposent d'un terrain d'expression spécifique, tandis que l'achat en ligne reste très marginal (moins de 5 % de déclarants réguliers).

Présentation de fromages artisanaux sur un stand d’exposition, avec de grandes meules et blocs de fromage à pâte molle et dure, chacun équipé d’un couteau, disposés sur un comptoir blanc dans un environnement de salon professionnel.

Ce rapport de force souligne la valeur ajoutée du conseil, du service à la coupe et de la dimension sensorielle du point de vente physique, autant d'atouts que la filière cultive auprès des professionnels réunis chaque année au Salon.

Traditions solides, accompagnements en mouvement

Les associations classiques tiennent bon : 78 % des Français accompagnent leur plateau de vin, 70 % de pain spécifique et 63 % de charcuterie. Mais d'autres pratiques progressent nettement. Les fruits frais et secs figurent désormais sur près de deux plateaux sur trois (32 % fruits, 31 % fruits secs), et 22 % des répondants citent des boissons sans alcool (jus, mocktails), signe d'une attention croissante aux alternatives.

Le beurre s'invite également à la table : 59 % des Français déclarent en proposer aux côtés des fromages, et 55 % estiment qu'il y a toute sa place, soit comme complément gourmand (33 %), soit comme indispensable (22 %). Les consommateurs expriment un vif intérêt pour le beurre de terroir AOP (73,8 %) et pour le beurre salé (58,4 %), deux axes d'innovation identifiés par la Fédération des Fromagers de France comme des leviers de valorisation du rayon.

Chez les 18-35 ans, le plateau devient aussi un objet d'image

Les jeunes générations réinventent le rituel. 60 % des 18-35 ans déclarent avoir déjà recréé un plateau inspiré de contenus vus sur les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, Pinterest). Ce résultat s'inscrit dans une tendance de fond : selon un sondage OpinionWay réalisé pour le SIAL Paris 2026, 41 % des 18-24 ans désignent TikTok comme la plateforme la plus influente sur leurs choix alimentaires.

Cette génération reste néanmoins attachée à l'authenticité : 42 % des 25-34 ans achètent parfois leur fromage directement chez le producteur, un circuit court qui rejoint la quête de transparence identifiée dans les études récentes du CNIEL sur la mutation de la consommation laitière. Le plateau devient un objet hybride : à la fois ancré dans la tradition et partagé comme un contenu visuel sur les réseaux, entre patrimoine et mise en scène.

Cap 2026 : simple, local, accessible

Interrogés sur ce que devrait devenir le plateau idéal à horizon 2026, les Français livrent une feuille de route claire : 52 % souhaitent qu'il reste simple et authentique, 48 % demandent davantage de produits locaux et de terroir, et 45 % aimeraient un plateau plus accessible financièrement. La montée en gamme (13 %) arrive très loin derrière, confirmant que la logique d'accessibilité prime sur la premiumisation dans un contexte post-inflationniste.

Cette attente s'accompagne d'une demande de services, perçue comme une opportunité de développement pour les professionnels : 51 % des répondants se disent intéressés par la personnalisation du plateau (choix des fromages, portions), 50 % par les plateaux à thème (région, saison, accords mets-boissons), 25 % par les recettes et idées d'accords incluses et 25 % par des ateliers ou événements de dégustation. Autant de pistes concrètes pour les crémiers-fromagers, les traiteurs et les distributeurs spécialisés qui chercheront à élargir leur valeur ajoutée au-delà du produit brut.

Ces enseignements seront au cœur des conférences, ateliers et démonstrations de la 19e édition du Salon du Fromage et des Produits Laitiers, qui se tiendra du 7 au 9 juin 2026 à Paris, Porte de Versailles. Trois jours pour réunir 300 exposants issus de 15 pays et 8 000 visites professionnelles attendues autour des tendances qui redessinent la filière, en résonance directe avec les résultats de cette étude.

Pour aller plus loin, ces résultats peuvent être mis en perspective avec d’autres analyses récentes sur les évolutions de la consommation alimentaire en France. L’étude ObSoCo réalisée pour la Foire de Paris éclaire notamment la transformation des attentes autour du plaisir, du partage et de la recherche de sens. La saisonnalité des fromages, essentielle pour valoriser pleinement les produits, fait également l’objet d’un décryptage dédié dans le guide de saisonnalité fromagère du Salon.

Ces évolutions s’inscrivent dans une transformation plus globale de la filière, analysée dans le Carnet de Tendances 2026 du Salon du Fromage et des Produits Laitiers, qui décrypte les nouvelles attentes en matière de consommation, d’expérience produit et de valorisation des savoir-faire.