Une association née d'une vision pionnière
Pour bien comprendre le poids de la Guilde Internationale des Fromagers dans l'écosystème laitier mondial, il faut remonter à la fin des années 1960. L'histoire commence avec un homme, Pierre Androuët, surnommé de son vivant « le pape du fromage ». Auteur de nombreux ouvrages de référence, Pierre Androuët fut un visionnaire qui transforma en profondeur le métier de crémier. À une époque où la profession se résumait à la vente de lait frais, d'œufs, de crème, d'épicerie et d'un peu de fromage, il décida d'ouvrir des caves d'affinage et de devenir fromager-affineur. Il fut, comme le rappelle Roland Barthélemy, le premier grand affineur à maîtriser cette étape essentielle en région parisienne et à fournir les plus grandes tables et les hôtels.
En 1969, dans un contexte de bouleversement profond de la société française, marqué par l'émergence de la grande distribution, par mai 68 et par le transfert imminent des Halles vers Rungis, Pierre Androuët fonde la Guilde avec huit autres personnalités. Le pari : rassembler dans une même association un industriel laitier, un affineur, un crémier, un producteur, un transformateur de lait et un représentant de la Fédération nationale de l'industrie laitière. Une philosophie fondatrice qui n'a, depuis, jamais changé : fédérer l'ensemble de la filière laitière, à quelque niveau que ce soit, et transmettre le savoir par le compagnonnage.
À ce volet professionnel s'ajoute la Confrérie de Saint-Uguzon, du nom d'un berger ayant vécu vers l'an 600, dont Pierre Androuët découvrit, en consultant les écrits relatifs à sa canonisation au XVIᵉ siècle, qu'il avait entrevu l'importance de la caséification thermique. La Confrérie, elle, accueille les amateurs gastronomes, les restaurateurs, les acteurs des sciences et des arts, les journalistes et les responsables publics.
Aujourd'hui, la Guilde Internationale des Fromagers compte plus de 9 000 membres répartis dans une quarantaine de pays, structurés autour de clubs nationaux et d'ambassades. Le Club New World, qui couvre les États-Unis, le Canada, l'Australie et le Mexique, dépasse à lui seul les 500 membres. Le Club Japon en rassemble plus de 250. Des clubs européens, latino-américains ou encore un club au Kazakhstan complètent ce maillage international, sans oublier des ambassades actives dans des pays où la création d'un club local reste, pour l'heure, complexe.
Un partenaire de référence du Salon du Fromage et des Produits Laitiers
La présence de la Guilde Internationale des Fromagers aux côtés du Salon du Fromage et des Produits Laitiers ne relève pas d'une simple coïncidence d'agendas. Elle s'inscrit dans une logique de convergence d'objectifs. Là où le Salon réunit chaque édition l'ensemble de la filière laitière et fromagère, la Guilde fédère ses acteurs autour d'un même principe : la reconnaissance du savoir-faire et la transmission. Les partenaires officiels du salon rappellent d'ailleurs cette vocation commune : « faire savoir le savoir-faire, symbole du respect des traditions dans la modernité ».
Cette complémentarité se traduira concrètement lors de l'édition 2026, qui figure d'ailleurs au calendrier officiel de la Guilde aux côtés de ses grands chapitres d'intronisation organisés à travers le monde.

Trente ans d'évolution d'une filière en mutation
Lorsque Roland Barthélemy succède à Pierre Androuët en 1992, il engage un seul changement statutaire, mais d'une portée considérable : l'ajout du mot « internationale » dans l'intitulé même de l'association. Fort de quinze années d'expérience au sein du Rotary, il s'inspire du modèle des clubs services pour structurer l'expansion mondiale de la Guilde. Le premier club voit le jour en Suisse, suivi par l'Allemagne, puis par le club New World, qui constitue l'une des plus belles réussites de l'association.
Cette dimension internationale a notamment permis à la Guilde de jouer un rôle clé dans l'organisation de manifestations professionnelles structurantes. Au Brésil, par exemple, elle a contribué à la création du Mundial do Queijo, dont la quatrième édition a accueilli 2 500 fromages quelques semaines à peine avant la tenue du Salon du Fromage et des Produits Laitiers 2026.
Le compagnonnage, pierre angulaire de la transmission
Interrogé sur la place du compagnonnage dans la pérennité de la filière, Roland Barthélemy rappelle l'importance de ce qu'il appelle « toucher le lait ». Pour la Guilde, le périmètre est large et inclusif : devient membre toute personne, femme ou homme, qui touche le lait sous une forme ou une autre. Cela rassemble aussi bien le berger corse avec son troupeau de brebis que les dirigeants des plus grands groupes laitiers mondiaux, en passant par l'ensemble des crémiers-fromagers, affineurs et coopératives.
L'enjeu de la transmission auprès des jeunes générations est aujourd'hui au cœur des préoccupations de l'association. Concrètement, un jeune souhaitant se former à la production, à l'affinage ou à la distribution peut s'adresser à la Guilde pour trouver un parrain qui l'accompagnera dans son apprentissage. Des Français partent ainsi se former au Japon ou au Canada, et inversement. Plusieurs ont, par la suite, obtenu le titre de Meilleur Ouvrier de France fromager grâce à ces échanges constructifs.
Les grands défis de la filière fromagère
Quand on l'interroge sur les défis qui attendent la filière dans les prochaines années, Roland Barthélemy place en tête la préservation du patrimoine fromager français. La France demeure, à sa connaissance, le seul pays au monde à posséder une telle diversité de technologies fromagères rattachées à un terroir, articulée autour de trois espèces principales : la vache, la chèvre et la brebis. Selon les données du ministère de l'Agriculture, la France compte aujourd'hui 51 produits laitiers bénéficiant d'une Appellation d'origine protégée, dont 46 fromages, ce qui en fait la championne européenne des produits laitiers sous signes officiels de qualité.

Le Prévôt insiste sur la nécessité de permettre aux producteurs fermiers et artisans de continuer à exister. Sa principale préoccupation porte sur les normes sanitaires, qu'il juge parfois trop drastiques, en particulier celles qui compliquent la production de fromages au lait cru. Sans opposer le lait cru au pasteurisé ou au thermisé, il rappelle que les grandes appellations d'origine protégées françaises sont consubstantielles à leur terroir et doivent conserver leur diversité de production. La filière AOP laitière française représente d'ailleurs un poids économique significatif, avec un chiffre d'affaires qui pèse près d'un sixième de celui des produits laitiers de grande consommation.
Au-delà des frontières, le second grand défi qu'il identifie consiste à développer la circulation des fromages du monde. L'ouverture, selon lui, doit permettre aux consommateurs de découvrir la diversité des productions fromagères internationales, et aux crémiers-fromagers spécialisés de proposer des fromages venus de toute l'Europe et au-delà.
Le grand rassemblement de la filière
Sur le rôle du Salon du Fromage et des Produits Laitiers dans l'écosystème de la filière, Roland Barthélemy parle avec conviction. Pour lui, le salon représente, depuis plus de vingt ans, l'acteur historique le plus puissant de rassemblement de toute la diversité des producteurs, affineurs et distributeurs venus défendre les valeurs du métier.
L'édition 2026, qui se tiendra du 7 au 9 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, dans le pavillon 7.1, réunira plus de 300 exposants représentant près de 450 marques issues de 15 pays. Elle se déroulera pour la première fois en simultané avec le salon Gourmet Selection, dédié à l'épicerie de qualité, dans une logique de parcours commun pensée pour les métiers de bouche et les commerces de proximité. Un seul badge suffira à accéder aux deux événements.
Aux côtés de la Guilde Internationale des Fromagers, retrouvez les temps forts emblématiques du salon : le Concours Coups de Cœur, le Concours de la Lyre d'Or, le Grilled Cheese Challenge et l'Agora des Experts. Trois jours pour rencontrer les producteurs, comparer les offres, échanger sur les tendances de la consommation et avancer concrètement sur les enjeux de sourcing, de gamme et d'usages. Trois jours, aussi, pour prolonger l'esprit que Roland Barthélemy défend depuis trente ans : celui d'une filière qui ne peut grandir qu'en partageant son savoir-faire.
