L'année 2025 a marqué un tournant pour la filière laitière européenne. Selon les données Eurostat relayées par la presse spécialisée, l'Union européenne a exporté 1,423 million de tonnes de fromages sur l'année, soit une progression de 2,6 % par rapport à 2024, qui porte les envois communautaires à un niveau historique. Le mois de décembre 2025 a établi un record mensuel absolu avec près de 135 000 tonnes expédiées. Le Salon du Fromage et des Produits Laitiers, qui réunira du 7 au 9 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles plus de 300 exposants issus de 15 pays, s'inscrit pleinement dans ce contexte de recomposition des flux internationaux.
Un marché qui importe 85 % de sa consommation
Troisième acheteur de fromage européen derrière le Royaume-Uni et les États-Unis, le Japon se distingue par une dépendance structurelle aux importations. Le pays couvre seulement une fraction de ses besoins par sa production domestique, le reste étant assuré par les origines étrangères. Cette situation tient à la fois à la taille limitée du cheptel laitier japonais, à la croissance continue de la consommation et à l'occidentalisation progressive des habitudes alimentaires. Selon les analyses relayées par la publication Réussir, l'USDA anticipe une progression de 2 % des importations japonaises de fromage en 2026 par rapport à 2025, après une année de recul liée au niveau élevé des prix européens.
Le marché japonais des produits laitiers dans son ensemble représentait 16,6 milliards d'euros en 2023, selon les analyses publiées par Business France. La moitié des exportations françaises de produits laitiers vers l'archipel est constituée de fromages, segment sur lequel la France conserve une image de référence, particulièrement sur les pâtes molles où elle détient historiquement une position dominante. Le yaourt, le lait et les ingrédients laitiers complètent un mix produit où l'expertise tricolore est reconnue.
JEFTA : un cadre tarifaire favorable qui continue de produire ses effets
L'accord de partenariat économique entre l'Union européenne et le Japon, entré en vigueur le 1er février 2019, a profondément redessiné les conditions d'accès au marché. Avant son application, les droits de douane atteignaient jusqu'à 30 % sur certains fromages. Le traité prévoit un démantèlement progressif de ces droits, un contingent en franchise pour les fromages frais comme la mozzarella ou la feta, et une élimination tarifaire étalée dans le temps sur les pâtes dures comme le gouda et le cheddar, détails disponibles sur le portail Access2Markets de la Commission européenne.
Le volet protection des indications géographiques du JEFTA constitue un levier stratégique pour les producteurs français. La liste des IG reconnues a été étendue à plusieurs reprises depuis l'entrée en vigueur de l'accord. En septembre 2023, dix indications géographiques françaises supplémentaires ont rejoint le dispositif, dont les fromages Raclette de Savoie, Époisses de Bourgogne, Mont d'Or et Vacherin du Haut-Doubs, selon le communiqué officiel de la Représentation de la Commission européenne en France. Ces protections offrent aux producteurs un rempart contre les contrefaçons et valorisent le lien au terroir auprès d'une clientèle japonaise particulièrement sensible à la provenance et à la traçabilité.
La France 4e exportateur mondial de produits laitiers

D'après le livre blanc Agro, Où Exporter 2026 publié par Business France en partenariat avec le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, la France a exporté pour 9,2 milliards d'euros de produits laitiers en 2024, en progression de 2,5 % sur un an. Cette performance lui permet de conserver son quatrième rang mondial, avec une croissance cumulée de 27,4 % entre 2019 et 2024. Les fromages, dont les échanges internationaux ont progressé de 2,3 % en 2024, constituent le moteur de cette dynamique.
En Asie de l'Est, zone qui inclut notamment le Japon, les exportations françaises de produits laitiers ont progressé de 10 % entre 2023 et 2024 selon les données du livre blanc. Le Japon représente à lui seul 1,4 milliard d'euros d'exportations agroalimentaires françaises, ce qui en fait un débouché majeur malgré un léger tassement en 2024. Les équipes de Business France identifient les fromages et les ingrédients laitiers comme deux leviers complémentaires : le fromage capitalise sur son image de haute gastronomie, tandis que les ingrédients (lactosérum, caséine, albumine) répondent aux besoins d'une industrie japonaise transformatrice puissante.
Une concurrence internationale renforcée
La progression des envois américains, néo-zélandais et australiens vers l'archipel en 2025 impose une vigilance accrue. Les États-Unis affichent une hausse de 12 % de leurs envois vers le Japon, la Nouvelle-Zélande de 17 %, au moment où les Pays-Bas voient leurs volumes chuter de 26 %. Cette recomposition s'explique par l'écart de prix sur les fromages industriels. En fin d'année 2025, le cheddar européen était 29 % plus cher que son équivalent américain, même si la Nouvelle-Zélande pratiquait des prix supérieurs.
Pour la France, dont les envois vers le Japon sont constitués majoritairement de fromages premium, l'équation est différente. La demande japonaise dépend moins du rapport prix-volume que de la situation économique des ménages et de la dynamique de la restauration haut de gamme. Les exportations françaises de fromages vers le Japon ont reculé de 2,7 % sur les dix premiers mois de 2025 par rapport à la même période de 2024, un repli contenu comparé aux pertes néerlandaises, qui témoigne de la résilience du positionnement tricolore.
Pâtes molles, AOP et savoir-faire : les atouts de l'offre française
La France bénéficie d'une diversité exceptionnelle de signes officiels de qualité, avec 46 fromages bénéficiant d'une Appellation d'origine protégée, comme le rappelle le salon dans son article consacré aux fromages AOP et au savoir-faire des terroirs. Cette palette constitue un atout différenciant majeur sur un marché japonais où les pâtes molles tricolores restent une référence. Les consommateurs japonais, sensibles aux allégations santé et à la sécurité alimentaire, apprécient particulièrement les fromages traditionnels au goût de beurre prononcé, une caractéristique mise en avant dans le livre blanc Business France.
La culture fromagère japonaise s'est progressivement structurée avec la création de la Japan Cheese Association en 2019 et le développement de concours locaux. Ce dynamisme local n'entre pas en concurrence directe avec l'offre française, mais au contraire contribue à élargir le bassin de consommateurs avertis. Les pizzas, le snacking et la pâtisserie industrielle représentent désormais des segments porteurs, tandis que le rayon des fromages de spécialité conserve un ancrage solide dans la restauration urbaine et les grands magasins.
Le Salon du Fromage et des Produits Laitiers, accélérateur d'affaires internationales
L’édition 2026 du Salon du Fromage et des Produits Laitiers s’inscrit dans la continuité d’un événement à forte dimension internationale, qui rassemble chaque année une diversité d’exposants et de marques venus de nombreux pays.

Dans un contexte où le marché laitier européen se recentre sur la valeur et sur le fromage, comme l'analysent les observateurs de la filière dans l'article de la newsroom consacré au nouveau modèle centré sur la valeur, les producteurs français ont tout intérêt à consolider leur présence auprès des acheteurs japonais. Les équipes de Team France Export recommandent notamment de s'appuyer sur les associations mets-vins, sur la valorisation des AOP et sur une communication pédagogique adaptée aux codes japonais. Les trois jours du salon parisien constituent une occasion privilégiée pour affiner ces stratégies, développer son réseau international et échanger avec une diversité d’acheteurs et de partenaires issus de différents marchés. Les producteurs peuvent également s’appuyer sur un écosystème complet de services, de l’affinage à la logistique, pour structurer leur approche export. La concomitance avec Gourmet Selection contribue par ailleurs à élargir encore le profil des visiteurs présents.
